Partager l'article ! Walk away Renée: Date de sortie ...
On se souvient encore de Tarnation, le documentaire bluffant qui avait révélé au monde entier l’enfance chaotique d’un réalisateur jusqu’alors inconnu au bataillon : Jonathan Caouette. Si ce nouveau long-métrage n’arbore pas le titre de The Amazing Tarnation 2 Rises, il conserve cependant une marque de fabrique décidément unique en son genre. Bien entendu, l’effet de surprise qu’avait déclenché Tarnation est un peu passé, mais cela n’empêche aucunement à Jonathan Caouette de continuer de peaufiner cet univers qui lui est désormais assigné sans jamais tourner en rond. Plus soigné que son prédécesseur, Walk away Renée est un superbe hommage à Renée LeBlanc, mère schizophrène du réalisateur himself. Par ailleurs, si l’on a quitté le montage de diaporama pour un langage bien plus cinématographique, le réalisateur a conservé l’esprit psychédélique qui s’associe si bien avec ses goûts musicaux. Les bandes-originales des deux films sont d’ailleurs l’une de leurs réussites majeures respectives. Cela dit, les réussites sont assez nombreuses dans Walk away Renée.
Avoir rangé les images d’archives – si ce n’est quelques minutes de Tarnation pour mettre à jour les éventuels spectateurs qui ne connaitraient pas son existence –, cela signifie aussi une plus grande liberté artistique que ne manque pas d’exploiter Jonathan Caouette, allant même parfois jusqu’à livrer de superbes images vertigineuses et célestes au milieu de nulle part. De plus, le fait que le jeune homme de onze ans se soit résigné à abandonner sa petite caméra – pour laisser à une équipe de professionnels le soin de le filmer en compagnie de sa mère – , ainsi qu’à prendre quelques dizaines de kilos constituent un jour nouveau pour le réalisateur (enfin pas les kilos, hein…), laissant entrevoir la possibilité d’une carrière future qui ne serait pas en rapport avec sa vie privée.
Outre ses qualités visuelles, Walk away Renée est aussi une superbe ode à la vie, qui n’est pas toujours incompatible avec la souffrance. Bien au-delà de ses moments d’hilarité qui frôlent parfois l’hystérie, Renée est atteinte d’un traumatisme qui la pousse à prononcer des mots durs et maladroits, souvent suivis d’excuses. Ces moments incontrôlables, le réalisateur est parvenu à vivre avec (au point de dédier un film à cette personne, d’ailleurs) malgré une cohabitation fort compliquée, aussi bien avec Renée qu’avec le père de celle-ci. Walk away Renée, c’est aussi ça. Un long-métrage qui évoque les difficultés de la vie ; qui apprend que si tout le monde n’a pas eu affaire à la maladie dans sa vie, elle n’en existe pas moins. « Je pense que les malades mentaux vivent dans un autre espace. Je crois vraiment que cet espace existe » dit si bien Caouette.
Ainsi, le film incite à la compréhension de ce qu’on peut ne pas connaître. Tout ceci étant narré avec une poésie très émouvante, ainsi qu’une tonalité que l’on ne rencontre que pour la seconde fois. Témoignages bouleversants, images bluffantes, entre-aide puissante… Il y a de nombreuses qualités à l’origine même du long-métrage. Des qualités que l’on avait déjà pu entrevoir huit ans auparavant et qui font office de catharsis pour ce réalisateur, qui a vu dans le cinéma une façon de se décharger d’un passé dramatique et trop encombrant. De fait, comme l’instant post-visionnage qui suivit Tarnation, on ne sort pas indemne de la salle en voyant le retour du réalisateur.
En conclusion, Walk away Renée marque les esprits et on ne pouvait que s’y attendre après l’œuvre troublante qu’était Tarnation. Par ailleurs, ce retour dans le monde du cinéma s’inscrit comme la suite logique du prédécesseur. Jonathan Caouette n’a pas régressé, il a gagné en puissance.
Note : 8/10